Société et christianisme

Les témoignages sur le christianisme hadrumétin remonte au début du 3e s. Tertullien rapporte qu’un martyr chrétien fut livré en 212 à une panthère dans l’amphithéâtre. Mais ce n’est qu’à partir de la fin du 3e siècle, que la communauté chrétienne se développa[1]. Les recherches archéologiques ont permis de découvrir plusieurs catacombes dont les plus vastes sont celles d’Hermès, du bon pasteur et de Sévère. La première fut appelée ainsi parce qu’un certain Hermès fit bâtir une tombe mosaïquée pour sa femme et son fils sur laquelle on lit de part et d’autre d’un ancre cruciforme entouré d’un dauphin[2], Hermesconiugi et fil(io-iis) dulcissimis : Hermès (l’a fait faire) à son épouse et son fils (ou ses fils) très chers.

Mosaïque d’Hermès

Mosaïque d’Hermès

 

La catacombe du Bon pasteur doit son nom à une plaque de marbre gris sur laquelle est gravée l’image du berger ramenant la brebis égarée.

le bon Pasteur

le bon Pasteur

La troisième doit son nom à l’épitaphe d’un Severus ; de là, provient l’une des plus belles épitaphes du musée aussi bien par la qualité de la gravure que par l’éloge adressé à la défunte par son époux :

 

Haec fuit Eusebiafratresraracastissimaconiux

quaemereuitmecum vitam coniugii ut temporamonstrant

annisdecemsexsmensibusocto et vigintidiebus

huius ut confiteor vitam deus ipseprobauit

innocuavereconiunxexemplirarissimisexus

orosuccessus ego tabulariushuiusquemaritus

eius semper meminissefratresvestrisprecibusque.

 

Ce qu’on pourrait traduire ainsi : Frères ! Celle-ci fut Eusebia, épouse rare et très chaste qui a mérité de vivre en mariage avec moi, comme le montrent les dates : seize ans, huit mois et vingt jours. Sa vie, je le confesse, Dieu lui-même l’a manifestement bénie. Épouse vraiment innocente, d’un exemple très rare pour son sexe. Frères ! Je vous prie, moi Successus, tabularius et son mari, de vous souvenir toujours d’elle, surtout dans vos prières.

Eloge d’Eusebia

Eloge d’Eusebia

Des épitaphes de ce genre, rappelant le monde des païens, sont en réalité très rares dans les catacombes. La majorité des textes relèvent en effet du monde chrétien. Leurs épitaphes souvent mosaïquées sont rédigées à l’économie et racontent peu de détails. On peut citer l’épitaphe de la jeune Renata qui n’a vécu qu’un an, deux mois et 28 jours.

Epitaphe de Renata

Epitaphe de Renata

Ou encore l’épitaphe richement décorée de Pascasius, mort à l’âge de 65 ans environ.

pascasius

Epitaphe de Pascasius

Le décor est lui aussi classique et conforme aux croyances : croix latine ou grecque et signe du chrisme dans une couronne, enrichis des deux lettres grecques, l’alpha et l’oméga avec parfois une représentation de l’abondance qu’illustre souvent le cratère d’où sortent des sarments de vigne.

Mosaïque chrétienne

Mosaïque chrétienne

La plus belle illustration de ce thème figure sur la mosaïque qui représente un vase d’où s’échappent un tronc de palmier dattier et des rinceaux de vigne dont les enroulements occupent tout le champ. Sur les branches, perdrix, paons canards et faisans. Au sommet du palmier, en caractère grec, le nom du propriétaire ou du mosaïste, Théodule (Theodoulou).

Mosaïque de Théodule

Mosaïque de Théodule

L’un des plus beaux témoignages sur le christianisme dans la région est illustré par la célèbre cuve de Bekalta, antique Thapsus. Richement décorée de tesselles de pierre et de verre, elle est ornée au fond d’une croix gemmée flanquée de l’alpha et de l’omega. Au-dessus couraient des oiseaux (dont plusieurs rapaces) entre des coquilles au fond des alvéoles. Sur le bord supérieur figure l’inscription reproduisant la salutation des anges aux bergers :

[Gloria in excelsis Deo] ET IN TERRA PAX (h)OMINIBVS BONE / BOLVM[tatis l]AVDAMVS T[e] : gloire à dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes de bonne volonté. Nous te louons (dieu).

Cuve Baptismale de Bekalta

Cuve Baptismale de Bekalta

[1]A.-F. Leynaud, Les catacombes africaines. Sousse-Hadrumète, 2e éd. Alger 1962.Voir aussiL. Foucher, Hadrumetum, 1964, p. 146-149, pl. IXa ; N. de Chaisemartin, Les sculptures romaines de Sousse et des sites environnants, École Française de Rome, 102, 1987, p. 347-363.

[2]Les anciens regardaient le dauphin comme le sauveur et l’ami de l’homme.

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